J’ai mené depuis plus de trente ans un double parcours d’écrivain et de journaliste. J’ai travaillé pendant 25 ans au Monde, que j’ai dirigé de 2007 à 2011, tout en plongeant dans la littérature. Si mon métier de reporter a pu parfois m’inspirer des romans (Nordeste, sur un marchand d’enfants au Brésil, Coeur d’Afrique, sur une famine provoquée dans un pays imaginaire du Sahel), l’écriture a été avant tout pour moi une tentative, livre après livre, d’interroger mes origines, le silence et le secret qui enveloppaient mon identité, les liens réels ou fantasmés que je pouvais avoir avec l’Afrique du Nord et le monde juif à travers « mes » pères.

Cette année cependant, j’ai publié deux romans qui questionnent notre époque, éloignés de la veine autobiographique. L’un, Marina A, porte sur les exhibitions de la performeuse serbe Marina Abramovic, dont l’art dérangeant peut éclairer nos sociétés bouleversées par la pandémie et ses conséquences sur nos relations avec les autres. L’autre, Mohican, évoque la destinée contrariée de paysans du Jura qui doivent accepter – ou pas – des compromis pour garder une terre qui ne leur fournit plus de quoi vivre dignement. En plantant des éoliennes dans ses champs, le patriarche de cette exploitation fait le pari d’une modernité qui ressemble à une illusion.