Xavier Jallais

Vous avez peut-être déjà rencontré Xavier Jallais au Rendez-vous du Carnet de voyage pour ses carnets de voyage. Le voici de retour au festival mais avec des carnets sonores. Au programme : installation confortable dans un transat, casque sur les oreilles et on part à l’aventure avec l’artiste.

Que viens-tu présenter au festival ?

Je viens présenter des cartes postales sonores sur un voyage que j’ai fait en 2019 pour aller au festival « Matite in Viaggio « , à Venise. J’ai pris le train depuis Aurillac et tous les jours j’ai enregistré des sons. En tout, j’ai passé une dizaine de jours autour de Venise.

Puis j’ai fait des montages de 2 à 3 minutes de cartes postales sonores avec les différents lieux que j’ai visités et dans lesquels je me suis promené.

Il y a 9 cartes postales auxquelles s’ajoutent des « vraies fausses » cartes postales que j’ai réalisées à partir de photos que j’ai faites. Elles sont vraies et fausses car elles ne seront jamais vendues dans le commerce.  Ces cartes postales sont sur des choses anodines, ça peut être un mur avec des graffs.

Sur la carte à Sottomarina, au loin on voit une église, au premier plan une maison et il y a un tout petit chien qui est là et on l’entend dans une des cartes postales sonores.

Il y a tellement de clichés sur Venise, vrai ou faux : les gondoles, la place Saint-Marc… J’aime me perdre dans les ruelles de la ville.

Je présente aussi une mise en son d’un texte de Georges Perec qui me suis depuis très longtemps car j’ai fait des études d’aménagement et de géographie. Je l’ai lu et relu. Il y a un passage qui me tient à cœur depuis mon premier carnet Et si j’allais au Chili, titre en clin d’œil à mon nom de famille Jallais.

« Que peut-on connaître du monde ? », voilà comment commence ce passage. Il est plein d’humilité par rapport à la découverte du monde. On aura beau parcourir le monde entier, on retiendra quelques souvenirs, et ces souvenirs je les ai mis en son. J’ai demandé à quatre de mes nièces de lire le texte.

Est-ce qu’il y a un son qui t’a particulièrement marqué durant ce voyage ?

Je repense au bruit des camions poubelles de nuit à Padoue, les éboueurs étaient intrigués par mon enregistreur. Ils avaient peur que je sois envoyé par la ville pour les surveiller sur leur mission de tri sélectif.

Est-ce qu’il y a une rencontre qui t’a marqué ?

Le dernier jour de mon séjour, je suis revenu à Venise par le vaporetto et je demande un billet de Vaporetto. La femme qui en vend m’indique que c’est jour de grève et que je ne pourrai pas forcément aller où je veux. Elle me dit aussi qu’elle est obligée de venir travailler mais si elle pouvait, elle ferait grève.

Une autre rencontre marquante s’est déroulée le matin de cette même journée : j’ai dormi sur un banc à Pellestrina au bord du port et à 4h du matin j’ai été réveillé par des pêcheurs qui partaient en mer. Puis ils m’ont de nouveau réveillé à 7h du matin quand ils rentraient de la pêche. La scène était assez marrante, moi sortant de mon duvet et eux rentrant de la pêche.

Tu as des projets ?

Je travaille le son depuis 2 ans, j’ai envie de continuer à m’amuser de cette matière. Ça fait plus de 15 ans que je suis dessinateur et je trouve que ça fait du bien de poser les yeux, les fermer et se concentrer sur le son. J’aimerais enregistrer mes parents pour qu’ils me racontent leur vie, ça va être une autre forme de voyage.

J’ai aussi une bande dessinée en cours de création. Un scénariste m’a proposé de faire 4 portraits d’immigrés qui arrivent en France au XXème siècle, à différente période. J’espère que ça sortira en 2022.

Quel est ton coup de cœur du festival ?

Émeline Rétif car je trouve chouette qu’à Clermont-Ferrand on puisse écouter des sons et elle a une approche assez différente de cet exercice. J’ai beaucoup aimé son carnet sonore sur Paris. Elle a demandé à plusieurs amis de bruiter les sons du métro. Tout ce qu’elle propose d’écouter sur l’Amazonie est intéressant.

Quel est le livre que tu nous recommandes de lire ?

Georges Perec : Espèces d’espaces (éd.Galilée).

Quel est le grand voyageur qui t’inspire ?

Mon grand-père !

Quel est le rêve qu’il te reste à accomplir ?

Je suis né au bord de la Loire. Je crois que je vais avoir envie un jour de marcher le long de la Loire, de la source à l’estuaire. Ce sera nécessaire un jour.

Je te donne un billet sans retour où vas-tu ?

A Aurillac car j’y habite et je m’y sens bien.