Griotte

Tout droit venue de La Réunion, l’artiste Griotte est présente tout le week-end au Rendez-vous du Carnet de Voyage. Elle envisage ses carnets comme des espaces de recherche dans lesquels elle trace sa propre histoire…Explications lors d’un tête-à-tête au cœur du festival.

Que viens-tu présenter au festival ?

Je suis venue présenter « Chez les creuseurs de Boaboad au pays de Za » fait avec Cyrille Cornu (éd. Elytis) dont la prémaquette a reçu le prix du Club de la Presse au Rendez-vous du Carnet de Voyage, en 2019.  J’ai travaillé sur cette prémaquette pendant plus de 3 semaines non-stop, j’ai mixé le récit avec les dessins, les photos de Cyril et les apports scientifiques. J’aime les carnets de voyage qui vont au bout des choses qui apportent des connaissances.

A l’époque, on ne savait pas quand on allait être édité et ce prix a tout accéléré, il nous a permis de rencontrer l’éditeur Elytis puis de sortir le livre quelques mois après..

Que raconte « Chez les creuseurs de Boaboad au pays de Za » ?

Il revient sur deux séjours effectués dans le village d’Ampotaka dans l’extrême sud-ouest de Madagascar où les gens creusent l’intérieur des baobabs pour stocker l’eau de pluie, ils transforment les baobabs en citerne vivante. On est parti une fois en saison sèche et une autre fois durant la saison des pluies.  Au final, nous n’avons passé que deux semaines sur place car Cyril avait fait beaucoup de séjours là-bas pour étudier la question. Ce qui a permis que ça « match », c’est que je parle Malgache et que je connaisse Madagascar. Notre connaissance du terrain a accéléré les choses sur place.

Qu’est-ce qui t’a interpellée sur place ?

On sait que des gens vivent en totale autonomie mais quand on se rend compte de cela, concrètement sur place, on est impressionné par le fait qu’ils soient autant en dehors du système. Et en même temps ça m’a rassurée car je me suis dit que si tout s’écroule comme on a pu le voir avec le Covid, des gens peuvent se débrouiller avec rien. Il faut qu’on réfléchisse à notre mode de vie, ça devient urgent.

As-tu échangé avec les gens sur place ?

On a échangé sur la joie de vivre. Ce qui interpelle vraiment à Madagascar c’est la joie de vivre des Malgaches. Ils vivent pour la plupart au jour le jour avec des problématiques qu’on ne peut pas imaginer. J’ai discuté avec des gens afin d’essayer de comprendre comment ceux qui ont à manger, sont en sécurité sont toujours en train de râler, de se plaindre. Une femme sur place m’a répondu « ils sont fous » ceux qui se plaignent tout le temps.

Tu as des projets ?

Cyril et moi sommes sélectionnés pour le tour national des alliances françaises de Madagascar. On attend les dates pour partir. Le but est de ramener le livre à Madagascar et de montrer aux locaux les richesses locales, que des gens en dehors du pays s’intéressent à leur culture, tradition, la ruralité malgache, ce qui paradoxalement est dénigré à Madagascar.

Quel est ton coup de cœur du festival ?

J’adore le stand d’Etienne Druon, la décoration de son stand m’attire. Je vais m’échapper pour aller voir son stand.

Quel est le livre que tu nous recommandes de lire ?

Mon prochain achat se portera sur un livre de Nicolas Jolivot. Pour moi, c’est la référence. Son travail a été une révélation pour moi. Ca m’a rassuré dans mes choix.

Quel est le grand voyageur qui t’inspire ?

Ma mère car elle a 75 ans et elle est capable de se casser la cheville au fin fond de la mangrove et toujours vouloir y retourner.

Quel est le rêve qu’il te reste à accomplir ?

Je voudrais traverser le Madagascar à pied. De Nosy be jusqu’à Maroantsetra, c’est une région très luxuriante qui m’attire. C’est un parcours à étudier, notamment pour la sécurité.

Je te donne un billet sans retour où vas-tu ?

A Madagascar, je veux mourir là-bas. C’est le seul pays où je peux me dire que je finirai là-bas. Je suis là grâce à ce pays, ce pays me nourrit spirituellement, esthétiquement.