EXPOSITION « CHEMINS D’EXIL – CARNETS, TRACES ET TÉMOIGNAGES »

Tout voyage est un déplacement ; il correspond à la mise en mouvement d’un individu. Certains voyages sont moins beaux que d’autres, moins réussis, voire inachevés. Tous les voyages ne font pas rêver.

La migration est une autre forme de déplacement. Celui qui s’expatrie pour aller tenter sa chance ailleurs, celle qui part travailler dans un pays étranger s’ouvrent à d’autres horizons. L’(é)migration d’un exilé, elle, prend souvent l’allure d’une fuite, d’un exode. Il reste des aventures. Comment qualifier ces « déplacements » dus à l’exil ? Comment les représenter, en témoigner ? Pour Patrick Chamoiseau*, c’est « l’appel secret de ce qui existe autrement » qui pousserait l’exilé à partir.

L’Auvergnat partie en Castille au XIXème siècle ou l’Aveyronnais parti en Argentine en 1920 témoigneraientils de la même manière qu’un jeune Soudanais arrivé à Lampedusa en 2015 ou qu’une Afghane arrivée à Clermont-Ferrand en 2021 ?

Le XXIème Rendez-Vous du Carnet de Voyage de Clermont-Ferrand organisé par l’association Il faut aller voir… les 19, 20 et 21 novembre 2021 sera peut-être l’occasion de demander aux premiers concernés – les exilés – le mot qu’ils retiennent pour qualifier leur « voyage ».

Ces chemins de l’exil transforment des vies et changent le regard sur le monde. Les témoignages de ces réalités – sous formes de carnets, de récits, de films, de peintures … – nourrissent nos réflexions et peuvent contribuer à voyager autrement.

Nous avons cherché ces traces de ces « périples » et nous en présentons quelques-unes dans un espace dédié, au premier étage de Polydôme. Nous avons choisi le mot « chemin » qui peut désigner la piste, le trajet, la distance… et l’expression « Chemins d’exils, carnets/traces et témoignages » comme appellation de cet espace dédié.

Il se présente sous la forme d’un parcours et d’une agora qui accueillera des carnettistes, des accueillants, des témoins, des acteurs de ces périples. Il abritera des tableaux, des expositions, quelques stands, un atelier, un lieu d’écoute de carnets sonores, un « arbre à palabres » …

Un film et des rencontres sur le thème seront également proposés.

* Patrick Chamoiseau, Frères migrants, éditions du Seuil, 2017

À découvrir :

Yancouba BADJI

L’artiste peintre Yancouba Badji

Le film Tilo Koto, sous le soleil de Valérie Malek et Sophie Bachelier sera projeté dans le cadre du Rendez-Vous, le vendredi 19 novembre à midi dans l’amphithéâtre. Il repose sur l’itinéraire de son personnage principal, Yancouba Badji, artiste casamançais qui sera présent à Clermont-Ferrand. A travers ses peintures, il veut « laisser des traces » de ses tentatives infructueuses de traversée de la mer Méditerranée. Une dizaine de ses toiles seront exposées à l’entrée de l’espace dédié.

Damien Roudeau

Médecins sans frontières avec le dessinateur Damien Roudeau

Une exposition conçue par Médecins sans frontières, intitulée « 36 jours 36 nuits » retrace l’expérience d’un campement de jeunes mineurs étrangers isolés, en plein cœur de Paris en juillet 2020. Témoignage du vécu des jeunes et des bénévoles qui les ont soutenus et accompagnés, avant qu’ils ne repartent vers des centres d’hébergement, elle est illustrée avec des dessins de Damien Roudeau, des photographies de Laurence Geai et d’Augustin Le Gall. Elle se prolonge avec une partie intitulée « la Méditerranée traverser à tout prix » qui invite à imaginer ce que peut être cette traversée, en créant un effet tunnel.

Une table ronde autour de ce qui fait la force de Médecins sans frontières depuis 50 ans – le témoignage, sera organisée au 2ème étage de Polydôme, le samedi 20 novembre à 10h30. Elle commencera avec la projection d’un court métrage animé principalement réalisé par Jérôme Tubiana, intitulé « Des nouvelles de Jonas ».

Chemin d'exil

L’illustrateur Bruno Pilorget et l’université Clermont Auvergne

Le projet Réfugier est porté par l’Université Clermont Auvergne. Il s’appuie sur l’expérience du campement de familles de migrants à l’automne 2017 dans le périmètre des bâtiments Gergovia, à Clermont-Ferrand.

Un coffret de trois carnets, intitulé Réfugier [Carnets d’un campement urbain] a été réalisé, notamment illustré par Bruno Pilorget.

Publié à la Boîte à Bulles en octobre 2021, il sera présenté dans cet espace, avec la participation de Bruno Pilorget.

Diverses manifestations regroupées sous le titre Asile ! sont prévues en octobre et novembre 2021 autour de la sortie de ce coffret. L’une d’entre elles prendra la forme de modules conçus et réalisés par des étudiants de l’Ecole d’Architecture de Clermont-Ferrand, réunis dans le Collectif ITERA, qui seront exposés dans l’espace dédié.

Le projet fera également l’objet d’une rencontre, intitulée « Voyager, Migrer, Réfugier » au 2ème étage de Polydôme, le samedi 20 novembre à 17h avec l’écrivaine Marie Cosnay, l’historien Romain Bertrand et le dessinateur Bruno Pilorget.

Dessins Sans Papiers

Dessins sans papiers

DESSINS SANS PAPIERS est un collectif d’artistes et de bénévoles qui utilisent le dessin comme un traducteur pour échanger avec les exilés et partager leurs témoignages. Ils interviennent dans les centres d’hébergement depuis 2016 et ont recueilli plus de 3000 documents présentés dans des expositions, et 4 livres à découvrir sur leur stand : « Le Voyage de Hafiz El Sudani » de Hafiz Adam, « Darfour : Livre 1 » de Magdi Hagar, « Le Journal de Mickey le Vieux » de Mohamed Ndepe Tahar, et un recueil de dessins réalisés dans les camps parisiens.

Nos Années Aran

D’anciens volontaires de l’humanitaire réunis dans le projet Nos Années Aran

Des anciens volontaires de l’organisation Handicap International reviennent plus de 35 ans après, sur leurs années d’engagement auprès des Cambodgiens fuyant le régime des Khmers rouges puis la guérilla qui s’en suivit, dans les camps de de réfugiés en Thaïlande, près d’Aranya Prathet, dans les années 1980.

Ils ont écrit un livre – « Mémoires de la frontière : 19 humanitaires racontent » titre provisoire – qui sera publié en janvier 2022 chez l’Harmattan et sont en train de réaliser un carnet numérique. Leurs maquettes seront présentées dans le cadre de l’espace dédié.

Leur stand sera illustré par des dessins de réfugiés cambodgiens recueillis par Véronique Decrop, fondatrice de l’école artistique PHARE de Battambang au Cambodge.

Les vies partagées

L’illustratrice Aurélie Calmet et les acteurs du CADA Emmaüs de Bussières-et-Pruns

Le Centre d’Accueil de Demandeurs d’Asile Emmaüs de Bussières-et-Pruns a invité la dessinatrice Aurélie Calmet à venir vivre sur place plusieurs semaines afin de mettre en images et raconter le lieu aux côtés des résidents, des travailleurs sociaux, des bénévoles. Ce projet de création collective s’est concrétisé sous la forme d’une exposition de « bannières » cherchant à sensibiliser et à informer sur le statut de demandeur d’asile, complété par un ouvrage intitulé « Des vies partagées », qui recueille témoignages et dessins autour de l’exil, de l’intégration, du fonctionnement et de la vie dans un CADA.

Ces 5 bannières et le carnet réalisés par Aurélie Calmet seront présentés dans cet espace, avec la participation de l’illustratrice.

De jeunes réfugiés dans le Puy-de-Dôme à travers des carnets sonores

Dans le cadre du Contrat territorial d’accueil et d’intégration des réfugiés de la Ville de Clermont-Ferrand, Cécilia Brassier-Rodrigues, coordinatrice pour l’Université Clermont-Auvergne du programme Réfugiés, étudiants d’ici, gens d’ailleurs ? a piloté la réalisation, avec l’aide de deux jeunes en Service civique, d’une série de podcasts intitulés « Partage de cultures ». Il s’agissait de donner la parole à quelques jeunes réfugiés vivant dans le Puy-de-Dôme, à propos de leur parcours et leur intégration dans la vie quotidienne de leur pays d’accueil. L’écoute de ces carnets sera organisée dans un espace réservé. Quelques réfugiés auteurs de ces enregistrements, comme Hussein, un jeune Afghan, seront présents.

https://refugea.uca.fr/culture

Autres initiatives dans cet espace dédié

Un arbre à palabres

Dans cet espace dédié, un « arbre à palabres » sera installé. En Afrique francophone, il est un lieu de rassemblement et d’échanges. Sous cet arbre, quelques rencontres sur un volume d’accueil réduit seront organisées ; elles s’appuieront sur les témoignages rapportés et dessinés. Les invités de l’espace dédié pourront y animer un temps d’échanges avec le public.

Quelques questions thématiques pourront également faire l’objet d’échanges, comme par exemple : Quel pourrait être le mot juste pour qualifier un parcours d’exil ? Est-ce que le dessin en dit plus qu’un récit pour raconter l’exil ? Quels sont les frottements culturels les plus vifs de l’exil à l’asile ?

Une programmation sera définie à l’avance.

Chemin d'exil

Une exposition de broderies Hmong illustrant leur exode

A la fin des années 1970 et dans les années 1980, les Hmong, première ethnie minoritaire du Laos, qui soutenaient les Américains ont dû fuir la guerre et la répression du régime communiste. Ils se sont d’abord réfugiés dans des camps en Thaïlande. Ne disposant pas d’une langue écrite, ils ont choisi de raconter leur exil en s’appuyant sur une technique qu’ils maîtrisent parfaitement : la broderie.

Odile et Grégoire Cochetel ayant travaillé dans ces camps dans les années 90, exposent quelques-unes de ces broderies Pan-Dao rarement présentées au public en Europe.

On pourra aussi voir des dessins et portraits de Hmong de Guyane, extraits de carnets de voyage d’Etienne Druon, carnettiste plusieurs fois récompensé à Clermont-Ferrand et grand connaisseur de la Guyane.

Une exposition de carnets de voyage présentés dans des éditions précédentes du Rendez-Vous du Carnet de Voyage

Depuis plusieurs années, plusieurs carnettistes retenus au palmarès ont présenté des carnets de voyage retraçant des chemins d’exil. Ces derniers seront mis en valeur dans une vitrine à côté de récits graphiques ou bandes dessinées récentes sur le même thème.

Un espace de dessin libre sur le thème de l’espace dédié

Le public, qu’il ait ou non connu l’exil, sera invité s’il le souhaite à réaliser un dessin qui pourra être exposé dans l’espace dédié.

Et d’autres surprises…

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