ZOOM SUR… JEAN-DENIS PENDANX ET TAHNEE JUGUIN

Quand la documentariste Tahnee Juguin, qui vit entre Nantes et Siberut (dans l’océan Indien) rencontre le dessinateur Jean-Denis Pendanx, cela donne un magnifique ouvrage : « Mentawaï ! » (Futuropolis), sur ces hommes fleurs qui luttent pour préserver leur mode de vie en totale harmonie avec la nature, au coeur de la jungle. Immersion dans les coulisses de cette BD.

Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Tahnee : Via notre éditeur qui nous a mis en relation.

Que raconte Mentawaï (éditions Futuropolis) ?

Tahnee : C’est l’histoire d’une Française qui débarque dans une tribu en Indonésie avec une caméra et l’idée de s’intégrer.

En quoi consistent les cérémonies chamaniques destinées aux soins et au maintien de l’harmonie au sein des familles ?

Tahnee : La tribu pratique un animisme qui s’appelle Arat Sabulungan. Leur quotidien est ponctué de cérémonies qui sont faites par les Sikereis, des hommes médecins qui soignent grâce aux plantes et à la communication avec les esprits.

La majorité des cérémonies démarrent le soir et durent jusqu’à l’aube. Il y a des cérémonies où les gens rentrent en transe uniquement en dansant. Les transes sont extrêmement impressionnantes.

Tahnee, vous parlez le Mentawaï, comment avez-vous appris cette langue ?

J’ai d’abord appris l’Indonésien car c’est plus facile et aussi parce que je suis incapable d’apprendre plusieurs langues en même temps. Au bout de quelques temps, je me suis mise au Mentawaï car quand on s’intéresse à un peuple c’est important de parler leur langue et c’est ainsi plus facile de comprendre leur culture.

Jean-Denis, pourquoi avoir décidé de travailler avec Tahnee sur ce projet ?

Jean-Denis : Je ne la connaissais pas, c’est le sujet qui m’a décidé. L’éditeur m’a parlé des hommes fleurs dont j’avais vaguement entendu parler. J’étais partant pour cette aventure. Puis j’ai rencontré Tahnee à Paris et on s’est très bien entendu.

Tahnee : L’éditeur m’avait parlé de plusieurs dessinateurs dont Jean-Denis et j’avais lu son ouvrage Au bout du fleuve (Futuropolis) c’est ce qui m’a motivée à le rencontrer.

Ce peuple vit en totale communion avec la nature. Est-ce que vous avez constaté les ravages du dérèglement climatique ?

Tahnee : Oui, il y a la montée des eaux qui pose des problèmes. En 8 ans, j’ai vu une plage complètement disparaître.

La saison des pluies est déréglée ce qui entraîne des feux de forêt. L’archipel des Mentawaïs en a connu cet été. La baisse du niveau d’eau crée des problèmes pour remonter la rivière par exemple. Il y a quelques semaines il n’avait pas plu depuis 4 mois, ce qui devient problématique pour avoir de l’eau potable, se doucher, etc.

Quelles sont vos actions au quotidien pour préserver la nature ?

Tahnee : Je ne supporte plus le plastique, je deviens végétarienne même si de temps en temps je craque. Je cherche à développer un projet pour lutter contre la déforestation aux îles Mentawaï, en démontant des permis d’exploitation. Je suis aussi en phase de lectures de livres sur l’effondrement de l’humanité comme celui de Fred Vargas. Je suis coordinatrice du projet Mentawaï Story Tellers qui vise à confier les outils audiovisuels aux Mentawaïs. L’art peut avoir un impact dans la lutte.

Jean-Denis : Depuis peu je vis à la campagne, je vais au marché et je consomme des produits locaux. Mon engagement passe plus par le travail, le choix des thématiques de livres comme Au bout du fleuve (Futuropolis), les histoires qui me touchent. C’est plus par le travail et le choix des thématiques de mes livres que mon engagement se fait. Les choses doivent changer et vite, j’en ai pris conscience il y a peu de temps. Ca commence individuellement. Je me pose beaucoup de questions, je suis perdu.

Quel est le plus beau personnage dessiné ?

Jean-Denis : Corto Maltese.

Vous êtes plus addict à Facebook, Twitter, Snapchat ou Instagram ?

Tahnee : Facebook mais j’essaye d’arrêter !

Jean-Denis : Facebook depuis 1 an !

Je vous donne un billet sans retour, vous partez où ?

Tahnee : dans les îles Mentawaï

Jean-Denis : au Bénin car c’est un pays qui m’attire beaucoup.

Quel est votre coup de cœur du Rendez du Carnet de Voyage ?

Tahnee : Ophélia Lebrat parce que le sujet des migrants me travaille beaucoup et elle a fait un carnet extraordinaire avec un exilé.

Jean-Denis : Philippe Bichon, j’aime beaucoup ce gars et sa démarche. Et également le travail d’Elsie Herberstein et Damien Chavanat.