ZOOM SUR… OPHÉLIA LEBRAT

En 2018, Ophélia Lebrat a apporté son aide pendant 6 mois à Emmaüs Palerme. Elle a notamment été confrontée à la question migratoire venue d’Afrique de l’Ouest. Immersion dans un voyage qui a permis à son auteure de détruire certains préjugés ! Ce carnet a été récompensé pendant le festival du Prix Médecins Sans Frontières.

Raconte nous ton 1er voyage en solitaire lorsque tu as commencé à mettre sur papier tes aventures en dessin ?

Il y a 3 ans, je suis partie toute seule pour la première fois, en Irlande. Ras-le-bol de prendre des photos et de ne pas les regarder après. J’avais envie changer ça en me mettant à dessiner sur des carnets quand je pars en voyage. Je suis partie avec mon carnet, mon aquarelle et mes crayons. J’ai dessiné sur site et j’écrivais beaucoup. C’était un journal intime en volontariat.

Six mois après je suis repartie toujours en volontariat dans le nord de l’Italie dans une famille agricole.

A la différence des photos, au retour de voyage, les gens ne s’endorment pas devant un carnet de voyage. La famille regarde tout et lit tout. Des fois j’interdis même de lire certains passages. Donc j’ai appris à sélectionner ce que je mettais dans un carnet de voyage et ce que je ne dois pas écrire !

Que présentes-tu au festival ?

Mon carnet « Emmaüs Palerme : histoire d’une communauté dans une ville colorée ».

Je suis partie en novembre 2018 et je suis rentrée en juin 2019. Je voulais aller en Sicile dans un cadre de volontariat. Pour moi voyager sans être volontaire ça ne fait pas sens. J’avais entendu dire qu’il y a des communautés Emmaüs à l’étranger. Et j’ai regardé s’il y en avait en Sicile. Quand j’en ai enfin trouvé une, j’ai envoyé un e-mail afin de savoir si je pouvais faire un volontariat chez eux en étant hébergée et nourrie contre du travail. Ils m’ont répondu favorablement. J’ai débarqué dans la communauté et j’étais la première volontaire femme étrangère à vivre avec la communauté sur le long terme.

Qu’est-ce qui t’a le plus marqué lors des rencontres que tu as faites sur place ?

Ce voyage a été très fort humainement car j’ai été confrontée à une autre culture, une autre langue. Et j’étais avec des personnes qu’on n’a pas l’habitude de rencontrer : des sans-abris passés par des problèmes de drogue, d’alcool, de jeu. Ils ne savaient pas forcément se gérer. Et ils sont tous passés par la rue. C’est une communauté d’hommes plutôt âgés. Et j’étais la seule femme dans cette culture italienne. J’ai dû m’intégrer, il fallait poser des limites en tant que femme. Les responsables étaient des hommes et dans la culture italienne on ne parle pas de tout aux femmes. La communication n’était pas facile.

En février, deux Gambiens sont arrivés. Ca été mon premier contact avec des migrants. Et on a très vite accroché. Le principal lien était qu’ils ne parlaient pas italien et on communiquait en anglais . J’étais la passerelle entre les responsables italiens, la communauté et eux. Le dialogue était facile et on avait à près le même âge. Ca a fait tomber de grosses barrières.

Avant ce voyage, je me considérais comme quelqu’un d’ouverte mais malgré tout on se rend compte qu’on a des préjugés résistants. Puis un autre Gambien est arrivé dans la communauté et il m’a permis de casser beaucoup de barrières et de préjugés sur la polygamie des Africains, les femmes qui restent à la maison. Il m’a fait connaître des amis à lui dans la rue. J’ai appris à apprendre comment il fonctionnait, la solidarité entre Africains. Par exemple dans la rue, même sans se connaître ils s’appellent « mes frères ». Ce voyage s’est tourné autour de l’immigration et la déconstruction de préjugés.

Les Gambiens étaient positifs avec beaucoup de force alors que nous on perdait espoir pour eux. Ils sont prêts à lutter jusqu’au bout de leur vie. On était presque plus déprimé qu’eux même en n’étant pas dans leur problématique. Je suis plus stressée qu’eux !

Quelle est ta vision de l’accueil des migrants à Palerme avec Emmaüs ?

Avec ma vision d’Européenne, je considère qu’ils sont bien accueillis car ils ont un toit et ils sont soutenus. Emmaüs a une certaine puissance pour aider les migrants face aux policiers par exemple.

Eux, ils ont le sentiment d’être exploités car ils travaillent mais gagnent peu d’argent, 50 euros par semaine. Ils ne sont pas en Europe pour survivre. Leur fuite est économique pour aider leur famille restée sur place.

Tu es plus addict à Facebook, Twitter, Snapchat ou Instagram ?

Facebook mais je poste peu de publications.

Je te donne un billet sans retour, tu pars où ?

Ce n’est pas une destination qui m’intéresse mais un lieu où apporter mon aide. Mon prochain objectif c’est d’aller à Briançon pour aider le refuge solidaire et y rester un moment pour en faire un carnet.

Quel est ton coup de cœur du Rendez-vous du Carnet de Voyage ?

Voyager pour voyager, voir des paysages, ça ne fait pas sens pour moi donc ça ne va pas forcément me toucher. Maintenant que j’aime bien dessiner, je regarde le coup de crayon. Certains me bluffent avec leur coup de crayon comme Stéphanie Ledoux.

Pour en savoir plus :