đŸ“œ ZOOM SUR… « HAUX HAUX » DE JEAN-MICHEL LE SAUX ET MAXIME LEBLANC

"Haux Haux", c'est l'histoire de Joelma Leitao, nĂ©e dans la forĂȘt amazonienne du BrĂ©sil d'oĂč elle s'enfuira Ă  l'Ăąge de 8 ans. Aujourd'hui elle vit Ă  Paris. Le film retrace le retour dans son village natal, Caucho. Au cƓur de la communautĂ© Huni Kuin, le « Peuple Vrai », Joelma redĂ©couvre les rites et la culture de son peuple.

Quelle est la genĂšse de ce film et quelles en sont les grandes lignes ?

Nous avons rencontrĂ© Joelma Ă  Paris il y a trois ans, alors qu’elle hĂ©bergeait Nui et Ninawa, venus de Caucho. Au cours d’un entretien elle nous raconta son histoire : l’exil forcĂ©, la violence du racisme au BrĂ©sil, la reconstruction en France et la volontĂ© aujourd’hui de renouer avec les traditions oubliĂ©es de son enfance. Son parcours, sa double culture, sa personnalitĂ© forte et sensible nous sont apparus comme un moyen de montrer comment deux cultures diffĂ©rentes peuvent dialoguer, s’enrichir et s’entraider.

Haux Haux est le portrait de cette femme et de son retour Ă  ses racines. C’est Ă  la fois un film intime sur la vie de Joelma et une prĂ©sentation de la culture de ce peuple, des enjeux auxquels ils sont confrontĂ©s : renforcer la tradition tout en vivant dans le monde moderne.

Que signifie Haux Haux ?

Dans la langue traditionnelle Huni Kuin, Haux Haux est l’expression de la gratitude. C’est une maniĂšre de remercier le crĂ©ateur, le grand esprit, d’ĂȘtre en vie.

Qui sont les Huni Kuin ?

Les Huni Kuin, groupe ethnique de quatorze mille personnes, vivent entre l’État d’Acre (nord-ouest du BrĂ©sil) et le PĂ©rou. Leur mode de vie traditionnel vient de la connaissance des plantes et du monde des esprits, Ă  l’origine de leur mĂ©decine et de leur art.

Quelle est la situation actuelle des Huni Kuin et des indiens d’Amazonie en gĂ©nĂ©ral ?

MalgrĂ© l’obtention de certains droits territoriaux dans les annĂ©es 1980, la situation des indigĂšnes reste gravement menacĂ©e par la dĂ©forestation : pour les Ă©levages et pour l’exploitation de minerais divers. Le gouvernement brĂ©silien soutient davantage le dĂ©veloppement Ă©conomique que les cultures ancestrales qui se trouvent dans la forĂȘt. De nombreux crimes sont commis chaque annĂ©e sur ces terres riches en ressources : sont visĂ©s les militants Ă©cologistes et les indiens prĂ©sents sur ces terres convoitĂ©s. Bolsonaro dĂ©livre un message raciste envers les peuples de la forĂȘt et encourage l’exploitation des terres.

Le village est tout proche de la ville, la technologie est trĂšs prĂ©sente (portables, ordinateurs…). La sociĂ©tĂ© occidentale apporte de nombreux avantages, mais on sait bien aussi que les consĂ©quences peuvent ĂȘtre dĂ©sastreuses pour l’avenir. Qu’en pensez-vous ?

Suite Ă  la venue des exploitants de caoutchouc, le village de Caucho a Ă©tĂ© complĂštement acculturĂ©. Dans les annĂ©es 1980, la terre fut dĂ©marquĂ©e, mais les Ă©changes avec la sociĂ©tĂ© occidentale ne se sont pas arrĂȘtĂ©s. Il a fallu attendre le dĂ©but des annĂ©es 2000 pour que dans le village, il y ait un retour Ă  la tradition : enseignement de la langue, pratique des rituels, mise en valeur de la mĂ©decine, etc. Aujourd’hui, Nui et Ninawa reprĂ©sentent une nouvelle gĂ©nĂ©ration d’indiens qui est allĂ©e Ă  l’université : ils ont les outils modernes en main mais redoublent d’effort pour maintenir la tradition vivante. On ne sait pas comment va Ă©voluer la situation : la tradition est transmise et mise en valeur mais les nouvelles gĂ©nĂ©rations ont aussi accĂšs Ă  la culture occidentale avec internet et la ville qui est proche.

Haux Haux Jean-Michel Le Saux et Maxime Leblanc
Haux Haux Jean-Michel Le Saux et Maxime Leblanc

Les Huni Kuin sont attachĂ©s Ă  la notion d’alliance entre eux et le monde culturel. Sont-ils trĂšs ouverts aux Ă©changes culturels ? Des actions sont-elles menĂ©es pour ranimer la tradition menacĂ©e et dĂ©fendre la forĂȘt amazonienne ? Une dĂ©lĂ©gation se dĂ©place-t-elle rĂ©guliĂšrement pour des rencontres interculturelles ?

Pour les Huni Kuin, la notion d’alliance est primordiale : entre eux, avec la forĂȘt, et aujourd’hui avec le monde occidental. Le village de Caucho montre comment ces Ă©changes de cultures peuvent ĂȘtre une richesse et faire perdurer des modes de vie originels. Il montre Ă©galement comment une nouvelle gĂ©nĂ©ration d’Indiens, qui connaĂźt bien le monde moderne, soit parce qu’ils y ont vĂ©cu, soit parce qu’ils ont quittĂ© leur village comme Joelma, construit des ponts pour dĂ©velopper des Ă©changes Ă©conomiques et culturels harmonieux. Ce concept est pour le peuple Huni Kuin la garantie de son harmonie et de celle de la planĂšte.

Plusieurs habitants de Caucho se déplacent en Europe et ailleurs pour montrer leur culture et se faire connaßtre : ceci est une garantie de sécurité si un jour ils sont menacés.

Quel est votre message ? Que dĂ©sire montrer votre film, tellement d’actualitĂ© et qui concerne toute notre planĂšte ?

La spiritualitĂ© des peuples premiers a beaucoup de choses Ă  nous apprendre. Elle donne un sens profond Ă  l’Ă©cologie en redĂ©finissant la place de l’homme, non pas comme au-dessus de la nature mais en harmonie avec elle. Aujourd’hui, la situation critique de la Terre provoquĂ©e par notre sociĂ©tĂ© nous amĂšne Ă  prendre en considĂ©ration le message de ce peuple de la forĂȘt : revenir Ă  un rythme plus proche de la nature, arrĂȘter la surconsommation et retrouver une spiritualitĂ© originelle.

Le parcours de Joelma représente ce mouvement de retour : arrachée de ce mode de vie étant enfant, elle revient aprÚs 25 années de vie à Paris dans le village de Caucho pour retrouver cette connaissance ancestrale.

🗓 Jeudi 14 Novembre
🕗De 20h00 à 22h00
📌CinĂ©ma Le Capitole – Clermont-Ferrand
Entrée : 6 euros

Pour en savoir plus sur les réalisateurs :