đź“˝ ZOOM SUR… « EUROVÉLO 6, DE LA LOIRE Ă€ LA MER NOIRE EN FAMILLE » DE OLIVIER BOURGUET

Un film à voir absolument en famille, qui nous embarque dans un périple courageux, humain, enrichissant et qui donnera le goût du voyage à vélo aux enfants… Mais aussi aux parents !

Après un tour du monde en 2 CV, une expĂ©dition de près de deux ans en Afrique Ă  vĂ©lo, vous vous spĂ©cialisez dans la rĂ©alisation de films et dans la rĂ©daction et l’illustration d’ouvrages. Votre nouveau film nous embarque dans un pĂ©riple courageux : traverser l’Europe Ă  vĂ©lo en famille, sur l’EuroVĂ©lo 6, la fameuse route mythique de Nantes Ă  la mer Noire, avec votre Ă©pouse et surtout vos deux filles, Luna et Marine, qui n’avaient alors que 6 et 8 ans, chacune sur un vĂ©lo… 5 000 kms, cinq mois de voyage, comment avez-vous prĂ©parĂ© ce beau projet ?

Effectivement, ce n’est pas rien, mais nous avions l’expĂ©rience du voyage Ă  vĂ©lo en couple puisque nous avons traversĂ© l’Afrique jusqu’Ă  Madagascar durant un an et demi avant d’avoir des enfants. C’est Ă  cette Ă©poque que l’idĂ©e de voyager avec nos futurs enfants nous est venue, tant la dĂ©couverte du monde Ă  vĂ©lo est une Ă©cole fantastique. Les enfants sont arrivĂ©s… et nous avons attendu qu’elles (ce sont deux petites filles, comme vous le soulignez !) grandissent un peu pour partir, pour deux raisons :

  1. Qu’elles aient les capacités physiques de faire un tel voyage en pédalant elles-mêmes
  2. Qu’elles puissent se forger leurs propres souvenirs. Il était, pour cela, hors-de-question pour nous, de partir avec des bébés qui n’auraient eu que l’album photo pour se remémorer plus tard ce beau moment.

Sinon, la préparation a été facilitée par notre expérience et puis, nous avions déjà les vélos et tout le matériel…

Par contre, notre crainte était de savoir comment nous allions parvenir à conserver la motivation de Marine et Luna sur le long-terme…

Ce film est une belle invitation au voyage lent, pas du tout en mode « le nez dans le guidon », et une aventure qui fait rêver quand on le regarde. Mais est-ce possible pour toutes les familles ?

Mon avis sincère est « oui »… à certaines conditions… Évidemment, aimer le vélo, la vie au grand air, les rencontres, l’inconnu (et sa gestion !), mais aussi avoir réellement envie de partir au long cours, et anticiper les coups durs comme un bobo ou la mauvaise météo.

Nous entendons souvent « ah non, ça, ce n’est pas pour moi, je ne pourrais pas dormir sous tente si longtemps ». Bien entendu, celui qui cherche le confort maximal ne voyagera pas comme nous et ira d’hôtels en chambres d’hôtes, mais le budget sera un peu différent.

Les parents pensent que leurs enfants ne sont pas capables de pédaler une telle distance. Je pense au contraire que la plupart des enfants en sont tout-à-fait capables, à condition de placer des balises : nombre de kilomètres limité par jour, arrêts aux plaines de jeux, aux musées qui leur sont dédiés, pour des moments de respiration (plonger dans une piscine ou manger une glace redonne de la motivation), et surtout, ne pas penser un tel voyage à un rythme d’adulte, avec des yeux d’adulte. Garder l’intérêt et la volonté des enfants est la priorité numéro 1 !

En fait, les plus gros freins à un départ pour une telle aventure sont dans les têtes des parents…

Et puis, durant ces 5 mois, nous avons inclus Marine et Luna dans la réalisation de ce film, ce qui a été aussi une source de motivation pour elle. Vous découvrirez comment elles ont participé en venant assister à la projection…

Faire une coupure avec l’école, les repères, le confort rassurant du quotidien, pas facile pour de si jeunes enfants ?

Nous sommes partis le 1er mai, et rentrés le 9 octobre. La coupure scolaire officielle a donc été de 3 mois. Et Marine et Luna ont eu l’impression de partir en « grandes grandes vacances » ! Il y a eu un petit coup de mou par rapport aux amis vers le milieu du mois de juin. Un autre par rapport aux cousins un peu plus tard, et d’une façon générale par rapport à la famille en fin de voyage.

Sinon, les repères sont rapidement devenus ceux de notre microcosme cycliste : notre tente, les 4 vélos, avec le confort limité dont nous disposions, mais qui était justement notre quotidien. Encore une fois, les enfants sont très adaptables, s’ils sont bien préparés (mentalement, cette fois), et eux aussi, trouvent énormément de plaisir à l’inconnu du quotidien, aux joies du camping sauvage…

Au final, elles sont rentrées à l’école comme deux poissons dans l’eau. Nous pensions que la reprise serait beaucoup plus difficile, surtout par le fait de devoir rester assises toute la journée. Aucun souci. Catherine et moi avons eu beaucoup plus de mal à reprendre le travail… et accepter que notre parenthèse enchantée était déjà terminée ! Les enfants ne se font pas ce genre de réflexion, et continuent, tant mieux, à baigner dans la naïveté de leur enfance…

Vous racontez avec tact et discrétion les moments heureux, les autres moins faciles, on vous suit avec beaucoup d’émotion tout au long de votre périple, on apprend beaucoup. 

Merci pour ces jolis compliments ! Nous voulions effectivement un voyage lors duquel chacun ressortirait grandi de l’expérience, avec de nouvelles connaissances. C’est pourquoi nous avons quand même visité beaucoup de choses, à tous niveaux : nature, histoire, religion… À ce sujet, le film est une très bonne introduction, mais tous les détails sont racontés dans le récit qui l’accompagne.

Et puis, il y a les rencontres. Comment Ă©tiez-vous accueillis ?

De manière générale, très bien ! Une famille à vélo, avec de si jeunes enfants, dans la tête de tout le monde, ça ne peut pas être dangereux. Aussi, chaque fois que nous avons cherché quelque chose, comme un carré de pelouse, ou de l’eau, on nous a toujours rendu service. Notez que nous n’avons pas cherché la rencontre humaine à tout prix tous les soirs, en demandant l’hospitalité (juste un coin de pelouse pour notre tente). D’une part car nous partions en voyage pour passer du temps en famille, à 4, afin de compenser mes absences professionnelles. Et nous ne voulions pas saboter cela en « devant » faire la conversation avec nos hôtes du soir. D’autre part, être accueilli de la sorte est fatiguant car nos repères sont bouleversés, les enfants vont dormir plus tard si les discussions se prolongent, ou s’il y a des enfants pour jouer. Et le lendemain, la fatigue engendrée se paie cash sur le vélo !

Nous avons donc principalement campĂ©, sauvage ou officiel, jusqu’Ă  Budapest. Après, vu le manque d’infrastructures, nous avons continuĂ© le camping sauvage, et Ă©tĂ© accueillis dans des jardins. Un fait Ă  noter est que les gens de l’Est adorent les enfants. Combien de fois Marine et Luna n’ont-elles pas reçu des friandises des Hongrois, Croates, Serbes et Roumains ? LĂ -bas, l’enfant est roi ! Une superbe rĂ©vĂ©lation, au niveau humain, d’ailleurs, a Ă©tĂ© la Serbie. Fantastique ! Une formidable gifle Ă  nos prĂ©jugĂ©s. Les Roumains, Ă©gaux Ă  eux-mĂŞmes (j’ai Ă©crit un livre sur la Roumanie, donc je connais très bien ce pays et en parle un peu la langue) ont Ă©tĂ© d’une sympathie toute avenante…

En conclusion, la plus grande réussite de cet itinéraire, est certainement de nous faire apprécier notre beau continent à hauteur d’hommes, et de permettre la rencontre entre l’Ouest et l’Est. C’est une des plus belles leçons que nous avons pu offrir à Marine et Luna : leur horizon s’est dégagé, et ne se limite plus à notre village, à l’école ou au club de sport… Elles savent que partout, il y a des personnes gentilles, attentionnées, agréables (nous n’avons fait aucune mauvaise rencontre !) et ont maintenant des amis un peu partout…

Ces rencontres humaines, c’est la raison pour laquelle il faut aller jusqu’au bout de l’itinéraire, au-delà de Budapest. Les mentalités changent, et une certaine chaleur dans les relations compense l’absence de grands vestiges historiques !

Sans oublier les obligations scolaires ? Là aussi, pendant 5 mois, il vous a fallu assurer ?

Ce point nous posait question, lorsque nous parlions de ce voyage bien en amont. Nous nous imaginions devoir remplir des monceaux de formulaires pour les autorités compétentes. Quelques mois avant le départ, nous sommes allés présenter le projet au directeur de l’école des enfants, qui a écarquillé les yeux et nous a dit : « mais c’est formidable, ça ! Partez, partez ! Elles apprendront tellement plus sur leurs vélos qu’ici… » ! C’est là que nous avons appris que l’école n’est pas obligatoire, mais bien l’instruction. Contre une petite signature au bas d’une promesse d’assurer l’éducation de nos enfants, nous avons donc pu retirer Marine et Luna du système scolaire. En voyage, le temps d’ « école » a varié entre une demi heure et une heure chaque jour, samedis et dimanches compris, durant les mois scolaires ; et un grand repos en juillet – août. Au final, elles ont ouvert leurs esprits de façon XXL, et sont rentrées à l’école sans le moindre souci, et sans la moindre lacune, que du contraire !

Que de souvenirs après ce long voyage. Est-ce que des choses ont changé pour vos petites filles à leur retour ?

Pour elles, non, rien n’a changé, puisque voyager, c’est la vie de papa, et donc, elles sont venues partager un moment de ma vie. Ce n’était même pas une parenthèse, c’était la normalité des choses. Maintenant, si on gratte un peu, comme je l’ai écrit plus haut, oui, ce qui a changé, c’est leur ouverture au monde, la prise de conscience d’autres cultures, de l’importance des langues étrangères, de la beauté de notre continent…

Comment êtes-vous revenus de ce voyage si particulier ?

Nous sommes rentrés heureux. Très heureux ! Et tristes… Que cela soit passé si vite ! Une telle expérience, bien entendu, soude une famille. Et nous y faisons allusion ou référence très souvent dans nos discussions. C’est clairement un moment charnière dans notre vie à 4.

Par contre, les enfants n’ont malheureusement pas raconté tant que cela à l’école, car les enseignants n’ont pas rebondi sur cette expérience pour enseigner diverses matières. Les discussions sont venues plus tard, lorsque je suis allé présenter le film dans leur établissement scolaire !

Le reste, nous en discuterons bien volontiers lors du 20e Rendez-vous du Carnet de Voyage !

Nous avons hâte de partager ce film avec vous !

đź—“Dimanche 17 Novembre
đź•™De 10h00 Ă  11h30
đź“ŚPolydome – Amphithéâtre
👨‍👩‍👧‍👦  A voir en famille !

Pour en savoir plus sur le réalisateur :