CLERMONT DESSINE – L’INTERVIEW DE CAT GOUT

"Quel que soit le sujet, le dessin est le témoignage d'un ressenti que nous tentons de faire surgir sur le papier..."

Carnettiste, illustratrice, aquarelliste,  elle perçoit le dessin comme un outil de connaissance et de compréhension de notre environnement, apaisé et intuitif. Pour elle, ses carnets sont l’écho d’un échange choisi avec le monde extérieur, épelant les coordonnées d’une topographie personnelle.
En sortant des Beaux-Arts d’Angoulême, elle travaille quelques années dans le dessin animé puis se tourne vers le dessin in situ et l’aquarelle. Elle consacre ses carnets à la spéléologie, au Lot et au Périgord et elle a récemment participé en tant que plasticienne à la réalisation du fac-similé de Lascaux IV.

Quelle est votre plus grande inspiration pour dessiner ?
Je n’imagine pas de toise pour mesurer l’inspiration car quel que soit le sujet, le dessin est le témoignage d’un ressenti que nous tentons de faire surgir sur le papier. L’inspiration à mon sens prend sa source dans le besoin de regarder autour de soi en dépit du lieu. Personnellement la première sensation qui va me décider à dessiner, je la décrirais comme une composition abstraite, un assemblage attractif fait de masses, d’espaces vides où circule le regard, de couleurs et par gourmandise en ce qui me concerne d’effets de matières d’où découle ce plaisir de représenter la pierre, un défi qui serait de donner un sens tactile à voir. Bien sûr la lumière est une excellente invitation, elle contribue à faciliter l’intonation, si j’ose dire comme dans une phrase, grâce à elle c’est un peu comme si nous entendions mieux ce que l’on regarde.

Comment est née votre passion pour la spéléologie ?
La spéléologie est le moyen, le rêve c’est atteindre le paysage souterrain.
Un rêve d’enfance nourri par les reportages d’Haroun Tazieff qui me paraissaient toujours trop courts, s’il a marqué les esprits de ses tournages sur les volcans, c’est la lecture sur « Le gouffre de la Pierre St Martin » qui a ouvert une porte accessible vers cet univers inconnu. Quand je m’efforce de représenter ce que je vois, c’est ce que je ne vois pas qui me fait rêver, ce qui est présent mais invisible. Dans mon enfance je vivais dans les Landes au milieu des pins où le sol ne recèle aucune cavité, par contre de nombreuses sources attisaient ma curiosité à travers leur énigmatique voyage. Je crois aussi que la spéléologie et le dessin m’ont toujours conduite dans une démarche similaire, celle de pousser au plus loin un trait sur une page blanche.

Quels outils vous accompagnent pour croquer dans ces lieux souterrains ?
Je voudrais préciser que dessiner sous terre n’a jamais été la motivation première, je me contentais d’emporter de quoi dessiner à la faveur de pauses selon les circonstances. De ce fait mon matériel est minimal pour pouvoir le glisser à portée de main dans la combinaison. C’est dans ces conditions que j’ai commencé à utiliser une petite planche comme support, le carnet à dessin est peu coûteux avec des feuilles détachables pour pouvoir les glisser dans une pochette plastique à l’abri du mauvais sort que réserve une progression souterraine. Pour l’outillage le principe est le même, une poignée de critériums car certains ne sont jamais ressortis, donc un dessin au crayon, le choix d’une technique sèche car le milieu souterrain est à 100 % d’humidité, dans ces conditions le séchage est poussif. Un matériel sommaire qui simplifie la manipulation dans un milieu que je décrirais avec un trait d’humour, où le soleil ne s’est pas encore levé et où le terme « confort » n’a pas été inventé.

Quels conseils donneriez-vous à des dessinateurs débutants ou avisés pour créer un carnet de voyage ?
Je débuterais par le choix du matériel qui à mon avis doit correspondre à ce que l’on aime utiliser, carnet ou feuilles dans un carton à dessin, ce qui importe est de se sentir à l’aise avec son support pour s’épargner hésitation et timidité. Pour l’outillage, s’offrir quelques nouveautés à tester peut être bienvenu dans un contexte de découvertes qui favorise l’expérimentation. Si on envisage son futur carnet comme un reportage, il est préférable de ne pas se soumettre à un synopsis rigoureux, un carnet se remplit d’inattendus, de détails personnels qui humanisent le récit, tout fait sujet. Le conseil est de dessiner sans attendre, peut-être pour encore mieux profiter des lieux pleins de promesse qui ont au départ suscité le projet de voyage.

Quel pays ou région aimeriez-vous découvrir et dessiner prochainement ?
Mes intentions pour le futur sont d’ordres techniques, j’ai besoin d’aborder d’autres formats, supports, médiums et différents outils, les sujets s’adapteront à l’inspiration mais avec un clin d’œil et comme la question est au conditionnel, le métro de Moscou qui est à la fois un univers souterrain et un remarquable ouvrage architectural m’inspirerait volontiers.

Ses ateliers pendant Clermont Dessine !

Atelier N°02 : Dessiner l’eau – Royat
Samedi 22 juin 2019 de 9h à 17h

Atelier N°13 : De la portion au gros gâteau – Clermont Ferrand
Dimanche 23 juin 2019 de 9h à 12h

Atelier N°17 : Petites esquisses et plus si affinités – Clermont Ferrand
Dimanche 23 juin 2019 de 14h à 17h