ZOOM SUR… HELENE SERVEL

Hélène Servel est toujours sur la route, surtout de la rive nord de la Méditerranée, où elle vit, vers sa rive orientale. Et à notre plus grand bonheur, elle ramène dans ses bagages des carnets sonores. A 27 ans seulement, elle a déjà l’âme d’une baroudeuse !

Que viens-tu présenter au Rendez-vous du Carnet de Voyage ?

Je viens présenter 4 carnets sonores. Le carnet sonore « Cueillette militaire » se déroule dans le sud de la Cisjordanie. On me suit avec des amies en train de ramasser des herbes pour faire de la cuisine. Mes amies sont palestiniennes et habitent au pied d’une colonie israélienne. Alors qu’on commence à ramasser des herbes, on entend les bruits de tirs. Je leur demande ce que c’est. Elle me répondent de ne pas m’inquiéter, qu’elles sont habituées, ce sont les colons qui s’entrainent.

Ce n’est pas vraiment un carnet de voyage mais un instantané d’une situation, un bout de vie. On ressent le côté banal du quotidien, on rigole, on va faire à manger, et en même temps on entend les bruits de tirs qui sont une banalité mais une banalité violente.

J’ai aussi apporté un carnet en Palestine qui s’appelle « Pas de vacances pour les colonies ». On avait été invité avec des copines palestiniennes à un camp d’été en Palestine. Les Palestiniens de Cisjordanie font « un échange » avec des Palestiniens d’Israël. Ce qui n’arrive jamais. Ce carnet sonore raconte ce qu’on a fait pendant 2 jours, le fait de se rencontrer alors que normalement cela ne peut pas arriver. Au final, ils se rendent compte qu’ils n’ont pas la même vie. Ce sont des étrangers.

Et j’ai également avec moi un reportage diffusé sur Arte radio, sur la scène hip-hop libanaise. On entend pas mal de musiques qui racontent l’histoire du hip-hop libanais, les influences. On entend beaucoup de langues : français, arabe, anglais.

Dans mes carnets, j’essaye de laisser la place à l’arabe, de traduire la langue tout en laissant des moments pour l’écouter. Des visiteurs m’ont dit « c’est beau l’arabe ». C’est comme une musique.

Et enfin, j’ai apporté le carnet sonore « A Jaurès », mis en avant dans le cadre du concours Libération Apaj. Je fais une balade en forêt avec une amie de 75 ans qui habite au fin fond d’une forêt en Saône-et-Loire. Elle m’explique que ça ne l’intéresse pas de voyager, qu’elle est contente de faire sa balade en forêt, elle voyage dans sa tête, via les livres. Elle me dit même que les grands voyageurs la fatiguent : « qu’est-ce qu’ils ont compris en revenant de leurs voyages au bout du monde ? ».

Tu es toujours sur la route pour soigner ton hyperactivité ?

Je suis basée à Marseille, je dis « basée » comme un port d’attache. J’ai besoin d’avoir plusieurs points d’ancrage pour voir comment les gens réfléchissent ailleurs. Le fait de parler arabe m’ouvre beaucoup de portes en termes de confiance, dans la relation avec les gens. Même si en Palestine ça peut paraître bizarre d’être une Européenne qui parle arabe. Ca me permet de comprendre les blagues. J’ai rigolé en Palestine, ils utilisent beaucoup l’humour noir. A Gaza, ils arrivent à faire des blagues sur eux-mêmes, il y a beaucoup d’autodérision. C’est peut aussi servir d’arme politique ou de résilience.

Que t’a permis de comprendre la vie à l’étranger ?

A l’âge de 21 ans, j’ai vécu 1 an au Liban dans le cadre d’un échange avec la fac. Ca m’a fait prendre conscience de ma condition d’occidentale blanche. J’ai rencontré des gens qui m’ont dit de faire attention à ma façon de parler, de me positionner. Politiquement, j’ai appris beaucoup de choses. J’ai remis en cause mon éducation, à l’école et celle de mes parents. Et je prends toujours des leçons. De bouger tout le temps, entre les mondes, ça permet d’affiner cette posture, cette remise en question.

En voyage, tu as quel matériel sur toi ?

J’avais un petit enregistreur, un casque et un carnet de notes.

Tu es plus addict à Facebook, Twitter, Snpachat ou Instagram ?

Je ne suis pas « addict » mais je maitrise un peu Facebook .

Si demain tu pouvais partir n’importe où, tu irais où ?

J’aimerai beaucoup retourner en Algérie. En plus de Marseille je pourrai y aller en bateau. J’y suis allée il y a 2ou 3 ans et ce pays m’a mis des baffes même si en habitant à Marseille on habite quasiment en Algérie. Ca m’a permis de remettre beaucoup en question l’histoire qu’on nous apprend à l’école républicaine.

En Algérie, j’ai senti une familiarité immense mais très troublante. L’Algérie du Nord ressemble à chez moi, je suis d’Arles. Du coup, j’ai lu des livres d’auteurs algériens. J’ai notamment envie d’aller explorer la montagne.

Quel est ton coup de cœur du Rendez-vous du Carnet de Voyage ?

Annick Kamgang, j’aime beaucoup ses dessins et elle a un positionnement politique chouette. Ca fait plaisir de voir un carnet documenté sur des luttes dont on entend peu parler en France.

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