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J’ai redécouvert le « fihavanana », cette notion d’entraide et de solidarité que prônent les Malgaches mais qu’on voit de moins en moins dans les grandes villes. Mais j’ai surtout découvert à quel point un dessin est communicatif et aide facilement à briser la glace.

Votre parcours est assez atypique, passer d’un poste au Ministère des Finances à dessinateur, quel a été le déclic qui vous a fait changer de vie ?

J’ai toujours aimé dessiner, mais à Madagascar il n’y a pas d’école d’art. Après le bac, j’ai poursuivi des études en économie. Puis j’ai eu un poste au Ministère des Finances. L’idée était d’avoir un métier stable et de faire du dessin à côté. En 2010, j’étais en mission, on devait recueillir des informations sur les dépenses d’une prison dans le sud de Mada. Pendant la visite de cet établissement, j’étais surtout concentré sur les prisonniers et sur leurs histoires. Le soir, au lieu de rédiger mon rapport de mission je me suis assis et j’ai écrit une BD autour de ce que j’ai vu. Cette soirée-là, c’était un de ces rares instants où les mots et les images me parvenaient naturellement, sans difficulté. J’ai fait concourir cette BD à un concours en Italie réservé aux auteurs africains et elle a gagné un prix. J’ai alors réalisé que ce serait un gâchis si je n’exploitais pas à fond ma passion pour le dessin et je suis devenu dessinateur indépendant à plein temps en 2011. Un choix que je ne regrette pas un seul instant.

Quelle rencontre vous a le plus marqué lors de vos pérégrinations?

Je suis retourné dans mon village natal dernièrement. Pendant que je croquais un bâtiment, le poste avancé de la gendarmerie, un type s’est approché et a engagé la conversation, il a voulu savoir ce que je faisais. On a discuté puis je l’ai regardé, il a une bonne gueule et je n’ai pas pu m’empêcher de lui demander si je pouvais le dessiner. Il m’a répondu qu’il était un peu pressé mais je pouvais le voir après dans son lieu de travail ; il est boucher. J’ai dit oui tout de suite.

Plus tard, je suis parti le voir dans sa boucherie et j’ai sorti mon carnet, mes crayons et mes aquarelles. Il m’a dit que c’était la première fois qu’on le dessinait, j’ai eu un peu la pression. Une fois le dessin fini, je le lui ai montré, et là explosion de joie chez le boucher, une joie si pure, si intense. Il était tellement heureux de se voir en dessin qu’il voulait me filer des sous, non pas pour acquérir le dessin mais juste pour me remercier de l’avoir dessiné. J’ai refusé l’argent et je lui ai dit merci d’avoir posé.

Cette rencontre est jusqu’ici celle qui m’a le plus marqué.

Qu’avez-vous (re)découvert lors de votre retour dans votre village d’enfance? 

Alatsinainy Bakaro, mon village d’enfance, est un village typique de la campagne des hautes terres malgaches. En passant quelques jours là-bas, j’ai redécouvert le « fihavanana », cette notion d’entraide et de solidarité que prônent les Malgaches mais qu’on voit de moins en moins dans les grandes villes. Mais j’ai surtout découvert à quel point un dessin est communicatif et aide facilement à briser la glace.

Que présentez-vous au 19e Rendez-vous du Carnet de Voyage?

Je vais présenter essentiellement les carnets que j’ai faits à Alatsinainy Bakaro, ainsi que d’autres dessins de ce village qui se trouvent dans le livre « Back to Al Bak ». Je vais également apporter mes carnets de tous les jours qui se passent à Antananarivo, ma ville, la capitale de Madagascar.

Quels sont vos projets pour la suite ? Que faut-il vous souhaiter?

Je suis actuellement en train de travailler en tant que scénariste sur deux BD en collaboration avec deux autres dessinateurs. Puis à titre personnel, je serai à Paris de septembre en décembre prochain pour une résidence où je vais travailler sur des illustrations issues de mes récents voyages à Mada.

Sinon d’une manière globale, j’ai la chance de vivre dans une île très grande qui représente un très grand terrain de jeu pour un dessinateur. Dans les années à venir, j’aimerais voyager partout à Madagascar et dessiner. Mon prochain voyage sera très probablement dans le sud, à trois jours de route d’Antananarivo. Alors si vous voulez souhaiter quelque chose pour moi, ce serait que ce voyage se fasse 🙂

Sa séance de dédicaces :

Samedi 17 novembre de 11h à 12h
Espace Librairie – Polydome 1er étage

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