ZOOM SUR…SOPHIE BERGER

« Le son immerge immédiatement dans un espace et le mental complète avec des images. Il y a un mélange du réel prélevé à l’enregistrement et de l’intime fantasmé par celui qui écoute que je trouve fascinant. »

Pourquoi utiliser le son plutôt qu’un autre média ? Qu’apporte-t-il de particulier?

Je suis ingénieur du son de formation et ma façon de raconter le voyage a toujours été le son. C’est ma façon de partager des expériences, de raconter des histoires. C’est ainsi que je me sens à l’aise pour rendre compte.

Mon premier voyage a été une marche au long de la Loire pendant 2 mois. Je venais de terminer mes études de son et je suis partie naturellement avec mon enregistreur et mes micros. Ce voyage a été une façon d’apprendre à voyager (lentement) en même temps que d’apprendre à raconter par le son. Je savais bien prendre du son techniquement, il me fallait désormais trouver ma voix, mon regard ou plutôt mon oreille. Le son et le voyage ont quelque chose de commun. Dans les deux, il y a une forme de lenteur et de patience à trouver.

Le son a le pouvoir de plonger l’auditeur sensoriellement à l’endroit où j’ai voyagé grâce au pouvoir de l’imaginaire de chacun. Chacun se forge ses propres images. Souvent le public enlève le casque et me dit « j’y étais » ! Le son immerge immédiatement dans un espace et le mental complète avec des images. Il y a un mélange du réel prélevé à l’enregistrement et de l’intime fantasmé par celui qui écoute que je trouve fascinant. Cela permet une vraie expérience lors de l’écoute. C’est comme un film, mais on n’est pas seulement derrière l’écran, on se trouve un peu à l’intérieur aussi, on s’y projette.

Qu’avez-vous cherché dans ces terres australes lointaines ? Qu’avez-vous trouvé?

En partant pour les terres australes j’avais le désir d’enregistrer des sons naturels bruts. Du vent, de l’océan… j’ai été servie ! Sur place j’ai aussi trouvé un paysage assez singulier. Le sol en particulier m’a marqué, soit parce qu’il était gorgé d’eau et meuble comme à Kerguelen, soit parce qu’il était dépourvu de végétation et était assez lunaire comme à Crozet. Dans le fond, j’ai surtout cherché ensuite comment rendre compte de mes sensations par ce carnet sonore. Essayer de rendre palpable par du son des sensations singulières de froid, de vent…

D’un point de vue technique, de quel matériel avez-vous besoin pour un projet comme celui-là ?

Je pars avec mon enregistreur, un Nagra numérique, et plusieurs couples de microphones statiques. J’ai également de bonnes bonnettes (protections contre le vent). J’enregistre en stéréo, pour rendre compte de l’espace, du paysage dans sa largeur. J’ai de quoi « dérusher » mes sons sur ordinateur sur place (les trier), mais globalement le montage se fait au retour, une fois que les sons ont « décanté » dans mon esprit je dirais.

Que présentez-vous au 19e Rendez-vous du Carnet de Voyage ?

Je vais présenter des extraits de 49°00’ SUD, ma dernière pièce sonore, dans des transats, avec des casques. On peut écouter des extraits au choix de durées variables. La pièce sonore intégrale dure 40 minutes.

Bien sûr, ceux qui veulent pourront découvrir des extraits de mes précédentes pièces comme LOIRE, CARGO. J’apprécie particulièrement au festival la rencontre avec le public et les discussions que l’on peut nouer au détour du stand.

Je proposerai également une séance collective sous forme de rencontre-conférence-écoute pour parler de ma démarche avec le carnet sonore. J’y présenterai par exemple des prises de son comparatives d’un même son et pourquoi ces prises de son racontent des choses différentes avec leurs grains particuliers. Il y a une écriture du récit sonore dès l’enregistrement. C’est un acte d’écriture.

Quels sont vos projets pour la suite ? Que faut-il vous souhaiter ?

J’ai un nouveau projet de départ au long cours en préparation, avec les micros, mais je n’aime pas en dire trop à l’avance pour ne pas souffler les petites flammes…

Sa séance sonore :

Voyage & son
Samedi 17 novembre : 13h30 – 14h30
Polydome 2e étage – Salle 11

Plus d’infos sur Sophie Berger :