ZOOM SUR… TRISTAN CAILLER ET MÉLANIE GOURDON

"Nous voyageons en auto-stop, sans carte, en laissant les rencontres construire le parcours. Souvent, nous demandons aux personnes rencontrées: « Quel est le son de l’endroit où vous vivez? ». Cette question suscite souvent surprise et curiosité."

Pouvez vous nous parler de vos parcours respectifs ? Comment vous êtes-vous connus ? 

Nous nous sommes rencontrés sur les chemins… déjà le voyage et c’est ensemble que nous avons découvert l’univers de la création sonore.

Mélanie a longtemps vécu en Finlande où elle a participé à la création d’une compagnie de théâtre multiculturelle; le théâtre l’a également dirigée vers l’Inde. De retour en France après une dizaine d’années d’expatriation, elle crée la Compagnie les Ateliers de Mélanie: théâtre, Français Langue Étrangère et créations sonores pour s’exprimer, se mouvoir et s’émouvoir. Tristan a découvert les Antilles-Guyane attiré par des projets de développement local. En France, il continue à œuvrer dans l’économie sociale et solidaire tout en voyageant, Afrique et Europe principalement.

Tam A Tam Voyages Sonores est né lors d’un séjour en Finlande où nous avons collecté des témoignages et des souvenirs très personnels de la pratique du sauna, véritable institution nationale. Au retour, l’accueil du documentaire sonore Terveisiä ! Salutation du sauna fut chaleureux et nous incita à continuer. Nous avons donc décidé d’allier nos deux envies, le voyage et le son.

Quelle est votre vision du voyage? Comment vous est venue l’envie de réaliser des carnets sonores ? 

Au départ, nous voulions collecter des sons du quotidien et partir pour une durée indéterminée en Europe.

Ce voyage s’est fait petit à petit ( « Tamm ha Tamm » signifie « petit à petit » en breton, clin d’œil à la région Bretagne). Nous privilégions la lenteur, l’imprévu, la spontanéité. Seule la première destination, Reykjavík était prévue. Nous voyageons en auto-stop, sans carte, en laissant les rencontres construire le parcours. Souvent, nous demandons aux personnes rencontrées: « Quel est le son de l’endroit où vous vivez? ».  Cette question suscite souvent surprise et curiosité.

Sur notre site tamatam.fr  nous rédigions des articles sonores rediffusés par des radios partenaires. Après 8 mois de voyage, arrivés en Grèce, nous sommes contactés pour participer à une exposition sur Nantes. Nous souhaitions présenter notre vision sonore de l’Europe et offrir une scénographie invitant à la détente et au voyage. Notre travail de création sonore s’articule autour d’une orchestration des sons, sans en modifier le cœur et sans voix narrative. Nous recherchons un dialogue avec l’écoutant, qu’il puisse s’approprier l’œuvre, qu’elle suscite son imaginaire et façonne ses représentations.

Le premier carnet « Voyage Sonore De Reykjavík à Istanbul » invite à entendre des sons du quotidien, des ambiances de nature, des paroles et des musiques. Une incitation à se laisser bercer par les sonorités, la richesse des cultures européennes. Nous avons joué cette création dans de nombreux lieux, cafés, centres culturels, hôpital, librairies, médiathèques où l’accueil fut à chaque fois enthousiaste.

Après l’Europe vous êtes partis en Asie et avez réalisé 4 carnets de voyages sonore : Indonésie, Birmanie, Thaïlande et Cambodge ? Comment s’est effectué ce choix et pourquoi cette destination? Qu’est-ce que les auditeurs vont découvrir/écouter dans le carnet Voyage Sonore en Birmanie ?

Notre envie de voyage au long court était toujours intacte, nous avons donc pris un vol sec pour Jakarta, comme toujours, seule destination connue. Nous souhaitions visiter cette partie de l’Asie pour découvrir ses peuples et ses cultures et nous savions que le collectage des sons serait dense.

Le contraste avec l’Europe et la richesse des ambiances sonores nous inonda les oreilles, la matière récoltée est immense et la création de plusieurs carnets s’imposa. Bien que des sons soient présents sur l’ensemble des pays tropicaux, comme le gecko, petit lézard vivant proche des humains, les spécificités géographiques et culturelles nous apparurent flagrantes. Ce fut un grand plaisir de travailler ces centaines de capsules sonores pour réaliser ces 4 carnets.

« Voyage sonore en Birmanie » est avant tout une rencontre avec les peuples et la ferveur bouddhiste. Au sein des monastères, dans la rue, sur les marchés, nous captons des sons du quotidien teintés de spiritualité. La matière titille nos oreilles: l’or est frappé, la soie tissée, les offrandes trébuchantes et sonnantes.

Que raconte votre carnet sonore « Khema : nonne en Birmanie » ? Comment avez-vous été invité au monastère Thabarwa ? Qui est Khema, cette voyageuse italienne devenue nonne, quel est son parcours pour arriver jusqu’ici ? 

Nous sommes arrivés en Birmanie en période électorale, une certaine tension était palpable, les habitants nous faisant comprendre qu’ils ne pouvaient nous accueillir sans prendre un risque, l’accès aux monastères était aussi beaucoup plus difficile qu’en Thaïlande ou au Cambodge. C’est par l’intermédiaire d’un site d’hébergement de voyageurs que nous avons rencontré un méditant allemand accueilli dans ce grand monastère de la banlieue de Yangon. Notre volonté de mieux comprendre la vie quotidienne des Birmans, notre intérêt pour la méditation et notre projet de collectage sonore du réel plurent au Moine-Enseignant qui nous accorda le droit de séjourner parmi les laïcs. Nous avons appris beaucoup de choses sur le renoncement, participé aux tâches quotidiennes, telle la cuisine pour des centaines de personnes, pratiqué l’aumône matinale et joué avec des myriades d’enfants.

Le carnet sonore « Khema : nonne en Birmanie » c’est avant tout une rencontre avec une femme qui a renoncé aux possessions pour se consacrer pleinement à la méditation et au bouddhisme. Il y a plus de 10 ans, Khema s’interroge sur le sens de sa vie et se questionne sur ces voyages en Asie qui ne la satisfont plus. Elle essaie la méditation Vipassana en Thaïlande qui lui apporte bien-être et satisfaction. Au fil des rencontres, elle arrive en Birmanie en 2009, touchée par l’accueil et en quête de sagesse, elle choisit de rester pour approfondir sa pratique médiatique. Aujourd’hui Khema est une nonne confirmée qui œuvre pour la communauté, sait faire le lien avec les occidentaux et aime partager son expérience.

Quel matériel utilisez-vous pour combiner une bonne qualité d’enregistrement et la facilité de transport/d’utilisation de ce matériel, indispensable en voyage ? 

En voyage nous privilégions la légèreté, la simplicité et l’autonomie alors nous troquons nos micros pour un matériel plus léger et des enregistreurs portatifs type Edirol ou ZOOM, compacts, solides et légers. Nous n’emportons pas d’ordinateur, les sons sont classés sur des petits cahiers avec une grande minutie. Les opportunités s’offrent à nous, un ingénieur son curieux de notre démarche nous met à disposition son studio, des hôtes nous prêtent leur ordinateur et en échange nous les initions au montage sonore…

À quelles réactions avez-vous été confrontés lors de vos voyages lorsque vous sortez votre matériel d’enregistrement ? 

Lorsque nous sortons notre micro, c’est que nous avons déjà échangé avec les personnes que nous souhaitons enregistrer. Et c’est souvent de la curiosité et les sourires qui s’affichent sur les lèvres. Les micros ne sont pas inconnus, les enfants (petits et grands) s’amusent à toucher la bonnette de protection ou souhaitent s’écouter dans le casque de contrôle.

Le micro a l’avantage de se faire oublier rapidement, il n’y a pas de question liée à l’image, la voix est toujours disponible, prête à chanter et partager. La discrétion du micro est une chance dans notre travail car il laisse la place à l’échange pour recueillir une parole offerte, souvent intime.

Pour les enregistrements d’ambiances sonores, c’est parfois amusant de voir les réactions de curiosité autour de notre démarche. Enregistrer des marmites de boues à Námaskarð en Islande pendant que tout le monde prend des photos et que certains s’exclament « Chuuuuut, ils enregistrent » est parfois un jeu de patience. L’enregistrement de terrain nous incite à percevoir le monde différemment, à prendre le temps.

Avez-vous un événement particulièrement marquant, arrivé pendant un de vos voyages, à nous faire partager ?

Les rencontres toujours ! Nous avons des centaines d’anecdotes de voyages, toutes plus émouvantes les unes que les autres. Souvenir de cet enfant albanais de 9 ans, très turbulent et désespéré de ne pouvoir se faire comprendre qui finit par courir dans sa chambre chercher son livre jaune d’anglais puis nous dit « bread »….voyant que nous comprenions, il n’a plus lâché son petit livre, nous a traînés dans tout le village brandissant le Graal et réclamant à Mélanie des cours.

Souvenir aussi de ce vieil homme, au fin fond du Cambodge qui nous livre un témoignage émouvant sur le régime Khmer rouge. Cela faisait quarante ans qu’il n’avait pas parlé français.

En savoir plus sur Tristan et Mélanie :

Pendant le Rendez-vous, ils animent une séance sonore samedi 18 novembre de 15h à 16h sur leur voyage sonore en Birmanie.