MARIELLE DURAND

Une frenchie à New York

Elle l’a rêvé, imaginé, redouté… Et puis Marielle Durand a fini par faire ce grand voyage jusqu’à New York. Elle est rentrée avec un carnet de voyage qui retrace sa découverte de la métropole : les gens qu’elle a rencontrés, qui l’ont soutenue sur les réseaux sociaux, son quotidien rythmé par les transports, la musique et la frénésie ambiante.
Prochaine étape : trouver un éditeur pour ce carnet qui mérite d’être vu !

Quel est ton parcours ?

Je dessine depuis toujours ! C’est presque une nécessité plus qu’une passion. C’est ma façon d’observer, d’analyser, de comprendre le monde et d’avoir l’impression d’y laisser une trace. Le dessin permet un certain travail de mémoire.

Le fil rouge de mon histoire c’est le dessin. De façon assez surprenante, dans mon école d’art déco, un professeur m’avait dit : «  Les carnets de voyage, oubliez, ça n’intéresse personne ». Et pourtant j’ai fini par y revenir. Quand je voyage, je sais par avance que le dessin va me permettre de surmonter des événements, des moments difficiles. Rencontrer des gens, avoir leurs retours, ça fait partie des étapes de la construction du carnet de voyage. Depuis 7/8 ans, je donne des cours à des étudiants en art pour essayer de transmettre cette vision.

Que présentes-tu au festival ?

J’ai dessiné pendant un mois et demi à New York. Je suis aussi allée à Chicago et San Francisco. Je voulais me confronter aux dimensions de la Big Apple.

Pourquoi as-tu tant rêvé de cette métropole, New York ?

Proportionnellement, il ya des échelles incroyables dans cette ville. Il y a beaucoup de liberté, l’absence d’héritage permet d’aller de l’avant. Et surtout, cette idée du « just do it » est véridique. Les gens foncent et voient ensuite ce qu’il se passe. Les artistes américains comme Andy Warhol me fascinaient, c’était une motivation de plus pour y aller. Mais je ne voulais pas me rendre dans cette ville trop tôt, je voulais attendre d’avoir la carrure suffisante. Et quand je suis arrivée, j’ai quand même été impressionnée !

Que signifie le nom de ton compte Instagram I Draw America ?

J’ai créé ce compte en prévision de ce voyage. Je savais qu’aux Etats-Unis, les gens sont très réactifs, et je sentais qu’il pourrait se passer quelque chose via ce biais. Au bout d’une semaine après avoir dessiné de la terrasse du New Withney Museum, le musée m’a félicitée et a publié mes dessins sur ses comptes Instragram et Twitter. J’ai gagné des milliers de followers et de likes ! Grâce à ça le musée Edward Hopper m’a suivie. Cela m’a permis d’avoir pas mal de contacts dont une architecte d’intérieur qui a montré mon travail à une de ses clientes. Elle a acheté le droit d’utiliser une quinzaine de mes dessins, mis en avant sur Park Avenue.

 

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué pendant votre voyage ?

La rencontre avec les gens car je ne connaissais personne et je voyageais seule. Les gens étaient tellement touchés que je prenne le temps de dessiner, raconter ce que je faisais, j’ai eu de nombreuses portes ouvertes grâce à mon statut d’artiste.

J’ai ainsi eu l’opportunité de dessiner des fresques en chocolat avec un chef de San Francisco qui m’a trouvée sur Instagram. Une chef cuisinisier m’a aussi invitée à dîner chez elle, avec ses amis, à New York, parce qu’elle a adoré mon travail vu sur les réseaux sociaux. Elle m’a dit : « Il faut que vous reveniez à New York et je vous promets, vous serez célèbre ». Je ne m’y attendais pas, pourquoi moi alors qu’il y a tellement de gens à New York ? C’est une énorme ville, on peut totalement être noyé dans la masse. Grâce au dessin, j’ai pu faire de belles rencontres dans un bar, dans Central Park. Le lien, c’est le dessin. Et le carnet a une temporalité qui permet de revenir en arrière, montrer aux gens ce que j’ai fait par le passé, monter l’évolution de l’aventure au cours du voyage.

Pour l’anecdote, avant de partir je me suis blessée à la main droite alors que je suis droitière. Ainsi, la moitié de mes dessins ont été réalisés à la main gauche.

Si tu devais te délester d’une chose, ce serait quoi, le dessin ou les mots ?

Le dessin, c’est une forme de langage, je me séparerais donc malheureusement des mots. Mais écrire, c’est aussi une belle façon de s’exprimer que je n’ai d’ailleurs pas assez mise en avant. J’ai mis un certain temps à oser exposer et donc à m’exposer. La première étape c’était le dessin, c’est ma façon de m’exprimer initiale mais je sais et je sens que c’est nécessaire de l’accompagner par des mots. Je ne peux pas raconter un voyage uniquement par le dessin. Et en plus, je me rends compte qu’il y a plein d’histoires drôles, tragiques, à raconter en parallèle des mes dessins.

Quels sont tes projets ? 

On vient de créer une association qui se nomme Encrages. On va faire des ateliers au profit de personnes en précarité. On organise aussi un événement à la Rotonde (Paris), le 13 décembre. Nous serons 80 illustrateurs à vendre nos œuvres au profit des réfugiés.

Comme le dessin est un langage universel, il y a une possibilité infinie de partager avec les gens qui n’ont pas notre culture et qui vivent parfois des choses terribles. Via le dessin, ils trouvent un espace de liberté, de sérénité, d’expression, pour lâcher cette violence. En tant qu’artiste on a ce devoir de faire passer une forme d’humanité à travers notre travail. Il y a une forme de résistance douce, apaisée, grâce au dessin. D’ailleurs, durant mes voyages, j’essaye parfois de donner des dessins pour laisser une trace aux gens. Personnellement, j’ai l’espoir que ça puisse apporter quelque chose, c’est peut-être naïf.

Quel est ton coup de cœur de cette édition ?

J’apprécie particulièrement le travail de Nicolas Jolivot. Je trouve que c’est d’une sensibilité incroyable, ses textes sont très beaux. Il parle avec beaucoup de délicatesse du voyage, du travail du dessinateur en voyage.

Et j’ai un coup de cœur pour Lapin qui m’a donné confiance en moi, il m’a montré ce que je pouvais faire. Il était persuadé que j’avais ma place dans ce festival.