« J’étais grimpé dans un arbre pour ramasser des baies quand j’ai vu, en bas, un faranji, un touriste. Il dessinait dans un grand cahier. Il m’a fait un signe de la main. Alors je suis descendu, lentement, en me laissant glisser le long du tronc. Le faranji avait un chapeau ridicule en forme de cloche d’église. Son nez rougi par le soleil portait des lunettes. Ses bras étaient de la même couleur que le pis de la vache : blanc au début, rose au bout. Il a fermé son cahier en souriant puis il a grimpé le chemin du village. Le gros sac presque vide sur son dos semblait lui peser une roue de camion Ses sourcils ont barré ses yeux et ses joues se sont gonflées. Elles ressemblaient à des panses de mules repues. Arrivé presque en haut du chemin, il s’est assis à l’ombre, il a ouvert son grand cahier et m’a demandé s’il pouvait me dessiner. C’est la première fois qu’un faranji me demande une chose pareille. D’habitude, ils me photographient sans demander. »

Extrait de carnet. Près d’Ambo, Ethiopie, février 2017.

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